LA FLEUR VIDE est l'histoire d'un homme emprisonné dans un bouquet de fleurs.
C'est bête, hein ?
Oui, c'est aussi ce qu'il se dit.
Ce devrait être si simple d'en saisir une et de l'offrir.
Mais il s'accroche aux épines.
En fait, il a peur.
Il ne peut pas offrir la fleur sans s'offrir avec.
LA FLEUR VIDE est un bouquet de cirque sauvage, de danse et de théâtre des champs, pour tout public.

La Fleur Vide est une collision.

Elle eut lieu en Patagonie, précisément à 46,02° S 60,57° W,
en tentant de faire comprendre ce qu'était mon métier à cinq gauchos et trente-six chiens.

Ces hommes passent huit mois par année seuls. L'estancia dont ils ont la charge s'étale
sur 120'000 hectares. Cela fait 1/240ème de personne par km2.
Eh bien je rentrai bel et bien par mégarde dans l'un d'entre eux.

Il parlait à sa selle de cheval et ne m'avait pas vu venir.

Il ne fut pas troublé.
S'excusa auprès de sa selle de devoir interrompre la conversation et m'invita à dîner.

Ce soir-là, les gauchos parlèrent pour huit mois. Ils sortirent des lettres, des dizaines de lettres fripées, d'une femme, d'un ami, d'un fils quelque part, qu'ils connaissaient par coeur. Puis nous fîmes des concours de précision avec leurs fouets, en écoutant "Imagine" de John Lennon, sur un vieux transistor à piles.

La Fleur Vide ne parle pas de John Lennon, ni de la Cordillère des Andes, ni même des gauchos.

Elle parle de ce qui pousse les hommes à s'entretenir avec leur selle de cheval : la solitude.
Elle parle du vent, qui souffle sans cesse sur les chemins de l'éphémère : la danse.
Elle parle encore des concours de fouet et de dressage de chevaux : le cirque.

















A travers l'écriture d'une lettre d'amour, La Fleur Vide observe les difficultés de la communication.
L'incapacité à accepter l'inconnu et le besoin de contrôler la situation poussent le personnage dans des troubles et des déséquilibres de plus en plus critiques.
Ce n'est qu'en découvrant - malgré lui - qu'il peut lâcher prise, qu'il trouve une sortie au labyrinthe qu'il s'est construit lui-même.
Il apprend ainsi une disponibilité, un vide.
Et il découvre que la brèche est ce qui protège des murs.

















La Fleur Vide a été monté selon une méthode de travail particulière, puisque cinq metteurs en scène et chorégraphes ont créé la pièce.
L'interprète a d'abord rassemblé de la matière, circassienne, textuelle et scénographique à titre personnel pendant une année.
Un intervalle de temps de quatre mois a alors servi à la préparation logistico-financière des étapes suivantes.
Pendant les six mois suivants s'est déroulé le processus de recherche et d'exploration sur les thèmes proposés, guidé par deux metteurs en scène et deux chorégraphes, tous quatre d'horizons différents. Cette alternance d'intervenants extérieurs, si elle comportait le danger de l'incompatibilité de leurs visions, écueil qui fut ici heureusement évité, a permis d'innombrables et enrichissants rebondissements d'idées de l'un à l'autre. La matière ainsi créée fut neuve et dense.
Cette période fut close par une présentation publique de l'état de travail.
Enfin, pendant les trois mois suivants, et cette fois-ci sous le regard d'un seul et cinquième intervenant, la mise en scène finale fut faite, ainsi que la création lumière, le costume, la musique et la scénographie.
La Fleur Vide a été jouée en première au festival Theater op de Markt, à Neerpelt (B), les 30 & 31 octobre 2005.